lundi 11 janvier 2010

Kate

- Chapitre 1 -



Je n'étais pas peu fier de moi. Certes, la négociation avait duré toute la nuit, dans un vieux pub de Soho, mais j'avais fini par la vendre mon histoire, et presque sans aucune retouche.

8 mois auparavant, en panne d'inspiration, je m'étais décidé. Je tenais enfin mon sujet, celui que je m'étais toujours interdit d'écrire : l'histoire de mes 25 dernières années.

Rien de tout cela n'aurait eu lieu si je ne l'avais pas croisée, par hasard, dans Central Park, l'été dernier. C'est elle qui m'a reconnu, à peine marquée par ce quart de siècle qui venait de nous séparer. Je pensais l'avoir complètement oublié, mais tout est revenu en un court instant. Cette soirée ennuyante, son regard, le verre que l'on a pris ensemble, notre nuit à l'hôtel et son départ au petit matin, accompagné d'éternelles promesses.

Je ne suis pas doué pour raconter ce genre d'histoire. D'habitude, je laisse ça à Marie Higgins-Clark, mais là, c'était différent. La vie est surprenante. Comment peut-on vivre 25 années durant avec le souvenir d'une fille avec qui l'on a passé une seule nuit ? Aujourd'hui encore, je n'ai pas la réponse. Peut-être l'aurais-je dans le courrier des lecteurs qui se pencheront sur mon œuvre. Même Kate ne m'a rien apporté à ce sujet.

- Ça fait...
- 25 ans. En fait, 24 ans et 9 mois... À peu près, lui ai-je répondu instantanément.
Visiblement gênée, elle reprit.
- Le temps passe à une vitesse... Tu écris des livres... J'ai beaucoup aimé le dernier.
- Ce n'est pas le meilleur, mais c'est toujours comme ça. Les œuvres plus personnelles restent davantage incomprises.
- Écoute, je sais que tu dois m'en vouloir mais il...
- Arrête Kate, pourquoi t'en voudrais-je ? Une nuit ensemble, il y a si longtemps. Nous étions jeunes, nous avons passé un bon moment... Je n'espérais rien d'autre et toi non plus.
- Si...
Si. Combien de fois cela a t'il raisonné dans ma tête, je ne saurais le dire. Brusquement, se rajoutant aux perpétuels souvenirs, sont réapparues des sensations oubliées depuis quelque temps. Ce cœur qui bat, cette pression artérielle qui augmente, ce vide autour de moi, cet isolement soudain, cette fragilité qui me rend alors si vulnérable.
N'étant plus capable de supporter cette conversation, et prétextant un rendez-vous imaginaire, je suis parti, sans me retourner.
Je suis resté enfermé trois jours durant, naviguant entre les cadavres de Jack Daniel's et mes souvenirs. Seul le manque de cigarettes me déciderait à sortir. Ce ne fut pas la peine d'en arriver là.
La sonnerie du téléphone me réveilla.


Aucun commentaire: