dimanche 21 mars 2010

J'ai filmé l'avion

Nous étions parti, tous les 5, faire une ballade digestive, histoire de prendre l'air après un de ces repas familiaux qui ne nous réunissaient que trop rarement. Par je ne sais plus quel concours de circonstances, nous nous étions retrouvés sur le plateau de Gréolières. Le temps était magnifique, la vue sur le littoral exceptionnel. Nous nous étions posés là, sur le bord du chemin.
Après avoir sorti la glacière, le parasol, la chaise pliante et je ne sais encore quels autres accessoires dit de confort, nous avons monté l'avion. Un magnifique modèle miniature qui promettait de nous divertir pour un bon moment. Le terrain choisi était idéal. De hautes herbes serviraient d'amortisseur pour les atterrissages plus ou moins forcé qui s'annonçaient.
D'abord quelques vols expérimentaux, avant de pouvoir, enfin, maîtriser la bête. Chacun notre tour, nous passions aux commandes, les pieds sur terre, pour quelques minutes dans les airs qui paraissaient des heures. Ce qui durait des heures, c'étaient le temps que nous passions à retrouver l'aéroplane, chaque fois qu'il tombaient au sol, enfoui dans le foin.
Et puis, je me suis saisi du caméscope et j'ai filmé l'avion. Après un magnifique lancé, il s'est retrouvé haut dans le ciel. Je n'en perdais pas une miette. Plein cadre. Il avait beau faire ces pirouettes, accélérer, piquer du nez, virevolter, rien n'y faisait, il ne s'échappait pas de mon objectif. Un moment, il s'est dirigé vers moi et a décrit une magnifique courbe au ras du sol, avant de reprendre de l'altitude encore plus haut qu'auparavant. Magnifique ! Je n'en perdait pas une seule seconde, malgré la vitesse croissante de l'engin. Et puis, il est passé derrière moi. Je me suis retourné et là, pause.

Tu es là, en arrière plan, assise sur ta chaise à l'ombre du parasol. Tu nous regardes comme de grands enfants perdu dans l'immensité de ce monde que nous ne contrôlons pas. Ton visage est impassible, comme toujours. Tu regardes ta fille, et tu dois te souvenir d'elle, enfant avec ses 2 frères, qui déjà devaient te remplir de bonheur. Tu me regardes, ainsi que ton autre petit fils et son père. Tu ne nous juges pas. Tu nous observes, simplement. Tu as l'air heureuse de nous voir heureux. Ça a toujours été ta principale préoccupation. Lecture.

L'avion poursuit son vol et va s'écraser plus loin, dans un fourré. Stop.

Ce jour là, je n'avais filmé que l'avion, et je suis obligé de faire pause pour t'apercevoir un trop court instant.

Aujourd'hui, l'avion est quelque part, au fond d'une cave, dans un grenier, sur une étagère. Il prend la poussière. Je ne sais pas s'il revolera un jour.

Toi, tu as pris ton envol il y a maintenant quelques années. En silence, sans prévenir personne. Tu nous manques.
Je ne me souviens pas t'avoir dit un jour que je t'aimais, même si cela allait de soi. Tu aurais peut-être voulu l'entendre.

C'est un des regrets que j'ai. Je sais qu'aujourd'hui, il ne faut pas attendre de dire aux gens qu'on les aime. Il ne faut pas attendre d'aimer. Il faut vivre, simplement.

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